L’orgue commençait à résonner sous les voûtes de l'église,
sa musique, telle une chape de plomb, pesait de tout son poids sur les
personnes présentes dans les travées. Les visages étaient serrés, le silence
régnait, tous attendaient le début de cet instant fatidique.
Lorsqu'elle s'avança dans l'allée, le bruit de ses pas
résonna comme on sonne le glas. Un à un, les regards se tournèrent vers elle, emplis
d'une tristesse brumeuse, compatissant dans ce moment douloureux auquel il
faisait face.
Elle était toute de noir vêtue, comme le voulait la
tradition, même si dans son for intérieur cette dernière n'avait jamais
vraiment eu sa place. Elle ne pouvait pas se dresser seule contre la
représentation que la société avait imposée un inconscient collectif depuis des
générations.
Pas après pas, réduisant d'autant la distance qui la
séparait du prêtre, les larmes commencèrent à lui monter aux yeux. Mais elle
réussit, contre toute attente, à ne pas fondre en larmes avant d'atteindre
destination.
Lui se tenait également à côté de l'homme d'Église, son
costume noir s'accordait parfaitement avec la pierre grise du lieu. Son visage
était figé, aucun sourire ne transparaissait, on aurait dit un condamné se
rendant échafaud. Elle essayait de s'imaginer à quoi il pensait à cet instant
précis. Peut-être à la soirée de la veille, où, avec ses amis et quelques
membres de la famille, il avait passé toute la nuit à faire les comptes de la
cérémonie et du repas qui la suivra.
L'orgue se tut, et un silence de mort s'abattit sur
l'assemblée. Le prêtre commença alors son discours solennel sur un ton monotone
et monocorde. Tous écoutaient religieusement les paroles de l'homme, en hochant
la tête d'approbation. Il se remémorait probablement les instants émouvants
qu'ils avaient connus en compagnie des malheureux.
De sa position privilégiée, elle pouvait voir les yeux des
conviés se baisser en direction du sol comme pour ne pas être témoin de cette
heure triste. À vrai dire, elle n'était pas vraiment attentive aux discours de
l'ecclésiastique, ce n'est que lorsqu'elle sentit les regards se tourner vers
elle qu'elle comprit que tous attendaient qu'elle prenne parole.
Prise par la surprise et l'émotion, elle resta muette
pendant plusieurs secondes. Enfin, elle prit une grande bouffée d'air et ouvrit
la bouche pour laisser échapper les mots que tout le monde redoutait qu'elle
prononce : « oui ! »
Aucun applaudissement ne retentit, aucun son ne fut émis,
aucune musique ne reprit, et c'est dans le silence le plus total qu'elle serra
la main de son nouvel époux. Côte à côte, ils remontèrent l'allée centrale en
direction de la grande porte, suivi des cortèges familiaux.
Les voitures quittèrent les lieux à la file, roulant au pas,
pour se rendre à la salle commune où le repas sera servi. Celui-ci, sans faste
ni saveurs, se déroula dans un calme inerte en une petite heure. Après la
remise de présent réglementaire, les convives furent invités à disposer, non
sans avoir, chacun à leur tour, glisser un mot d'encouragement aux jeunes mariés
en leur serrant la main.
Le soir venu, alors qu'ils se couchèrent respectivement dans
leurs lits séparés, elle ne put s'empêcher de s'imaginer avant de s'endormir un
monde idyllique où l'on aurait le droit de pouvoir enfin faire un mariage gai.