3 nov. 2012

Le mariage triste



 L’orgue commençait à résonner sous les voûtes de l'église, sa musique, telle une chape de plomb, pesait de tout son poids sur les personnes présentes dans les travées. Les visages étaient serrés, le silence régnait, tous attendaient le début de cet instant fatidique.
Lorsqu'elle s'avança dans l'allée, le bruit de ses pas résonna comme on sonne le glas. Un à un, les regards se tournèrent vers elle, emplis d'une tristesse brumeuse, compatissant dans ce moment douloureux auquel il faisait face.
Elle était toute de noir vêtue, comme le voulait la tradition, même si dans son for intérieur cette dernière n'avait jamais vraiment eu sa place. Elle ne pouvait pas se dresser seule contre la représentation que la société avait imposée un inconscient collectif depuis des générations.
Pas après pas, réduisant d'autant la distance qui la séparait du prêtre, les larmes commencèrent à lui monter aux yeux. Mais elle réussit, contre toute attente, à ne pas fondre en larmes avant d'atteindre destination.
Lui se tenait également à côté de l'homme d'Église, son costume noir s'accordait parfaitement avec la pierre grise du lieu. Son visage était figé, aucun sourire ne transparaissait, on aurait dit un condamné se rendant échafaud. Elle essayait de s'imaginer à quoi il pensait à cet instant précis. Peut-être à la soirée de la veille, où, avec ses amis et quelques membres de la famille, il avait passé toute la nuit à faire les comptes de la cérémonie et du repas qui la suivra.
L'orgue se tut, et un silence de mort s'abattit sur l'assemblée. Le prêtre commença alors son discours solennel sur un ton monotone et monocorde. Tous écoutaient religieusement les paroles de l'homme, en hochant la tête d'approbation. Il se remémorait probablement les instants émouvants qu'ils avaient connus en compagnie des malheureux.
De sa position privilégiée, elle pouvait voir les yeux des conviés se baisser en direction du sol comme pour ne pas être témoin de cette heure triste. À vrai dire, elle n'était pas vraiment attentive aux discours de l'ecclésiastique, ce n'est que lorsqu'elle sentit les regards se tourner vers elle qu'elle comprit que tous attendaient qu'elle prenne parole.
Prise par la surprise et l'émotion, elle resta muette pendant plusieurs secondes. Enfin, elle prit une grande bouffée d'air et ouvrit la bouche pour laisser échapper les mots que tout le monde redoutait qu'elle prononce : « oui ! »
Aucun applaudissement ne retentit, aucun son ne fut émis, aucune musique ne reprit, et c'est dans le silence le plus total qu'elle serra la main de son nouvel époux. Côte à côte, ils remontèrent l'allée centrale en direction de la grande porte, suivi des cortèges familiaux.

Les voitures quittèrent les lieux à la file, roulant au pas, pour se rendre à la salle commune où le repas sera servi. Celui-ci, sans faste ni saveurs, se déroula dans un calme inerte en une petite heure. Après la remise de présent réglementaire, les convives furent invités à disposer, non sans avoir, chacun à leur tour, glisser un mot d'encouragement aux jeunes mariés en leur serrant la main.

Le soir venu, alors qu'ils se couchèrent respectivement dans leurs lits séparés, elle ne put s'empêcher de s'imaginer avant de s'endormir un monde idyllique où l'on aurait le droit de pouvoir enfin faire un mariage gai.

remise à flot

J’avais créé ce blog il y a plus d'un an afin de faire partager au reste de la toile quelques-uns de mes écrits. Pour m'inciter à le remplir je m'étais fixé des règles qui, à la longue, on plus été une contrainte qu'une aide. Même si à la base elles avaient été établies pour me donner une plus grande interactivité avec mes lecteurs.

Mais, je reviens avec une tout autre approche. Dorénavant, mon envie est plus de vous faire partager des billets d'humeur sur l'actualité du moment, mais d'une manière que je veux et j'espère plus décaler et littéraire.

Il ne me reste plus qu'à m'y mettre, et à recommencer de bloguer dans un violon…